
12 novembre 2025
Tout est écrit. L’important est d’apprendre à lire, apprendre à se laisser guider par son intuition. Ces dernières semaines, j’ai fait des choix qui changeront ma vie à jamais, j’ai osé, je me suis libéré de mes chaînes. Pourtant, je me suis battu avec rage contre mon intuition, et j’ai fini par lâcher prise. Malgré tout, je viens de me casser la gueule. Là. C’était hier. Mais rien n’arrive par hasard. J’ouvre une nouvelle page de mon histoire, une première page sans fardeau, avec une liberté absolue. Je suis devenu la personne que je voulais être.
Alors vous comprendrez bien que ces dernières semaines, le marathon de La Rochelle n’était pas au centre de mes priorités. Il l’est aujourd’hui, alors qu’il ne me reste que deux semaines et demie avant de me présenter sur la ligne de départ. Trop tard pour changer le cours de l’histoire…
En début d’année, ma sœur, Laure, a chopé le virus de la course à pied. Très vite, j’ai évoqué l’idée de faire le semi-marathon de Bordeaux à ses côtés. D’après le site de Bordeaux Métropole, le semi tombera le 7 décembre, une semaine après La Rochelle. Parfait pour une sortie longue de récup. Le rendez-vous est pris. Semaine après semaine, Laure m’envoie ses progressions, elle augmente ses distances de même que son allure. Partie comme elle est, elle n’aura aucun mal à boucler ce premier semi.
Le 22 juin, j’apprends que, finalement, le semi de Bordeaux se fera le 9 novembre. Il fusionnera avec les 10 km des quais et le 5 km. 9 novembre, le calcul est vite fait : on sera trois semaines avant La Rochelle. Autrement dit, c’est censé être le jour de ma dernière très longue sortie avant d’entrer dans la diminution de ma prépa pour le marathon. Me contenter d’un semi de 21 km, c’est non. Pas suffisant.
Le 1er juillet, il est 11 h quand je constate que les inscriptions sont ouvertes. Je me rends sur le site. Le semi partira à 9 h, le 10 à 12 h 30 et le 5 à 13 h 30. Après tout, si je faisais le semi tranquille et que je mettais un coup d’accélérateur sur le 10, ça pourrait me faire une belle préparation à trois semaines du marathon. Il est 11 h 15 quand je valide la commande des dossards. Je prends, pour Laure et moi, un accès au SAS sub 2 h pour le semi et un accès au SAS sub 50 min pour le 10.
Les semaines qui suivent, je continue de me rendre régulièrement aux entraînements aux côtés des Rapetou, de moins en moins nombreux à l’approche de l’été. Comme moi, Christophe et Élodie ne prennent pas en compte les chaleurs caniculaires. Je frôle le malaise aux côtés de Christophe, je cours sous 37 degrés à l’ombre avec Élodie. Mon sommeil catastrophique me rend de plus en plus faible. Je ne me projette pas sur La Rochelle.
Je passe août aux côtés d’Aubin, sans courir. Comme chaque année, mon regard se porte plus vers les Pyrénées que vers la course à pied. Il faut dire que je suis dans une année où j’ai le sentiment que tout va me réussir. Moins de 1 h 33 sur le semi Bazas-Langon, et surtout cette barre des 3 h 30 sur le marathon des Deux Rives, après trois années consécutives d’échecs.
Le 29 août, alors que nous sommes à Sanguinet pour récupérer nos enfants, nous courons, Laure et moi, ensemble pour la première fois. Entre le port de Lestey et la plage de Caton, nous faisons une sortie de 10 kilomètres durant lesquels je ne cesserai jamais de parler à côté d’une sœur incapable de sortir le moindre mot. Nous courons à 6 min 57 au kilomètre.

Il est grand temps pour moi de me plonger dans la prépa du marathon de La Rochelle. Mais je n’ai pas envie. Je pars le 2 septembre à l’assaut du pic des Spijeoles que je n’avais pas été capable d’atteindre deux ans plus tôt. Cette randonnée extrêmement éprouvante de plus de treize heures va me coûter très cher.
Je retourne courir le 7 septembre à Saint-Macaire, aux côtés des Rapetou. Seize kilomètres de douleur et de fatigue que j’arrive à faire grâce aux encouragements de Thomas. Ce n’est pas bon du tout. Mes sorties ne sont pas assez régulières. Je n’y arrive pas. Le 17 septembre, je décide de nouveau de partir dans les Pyrénées, sur le pic des Trois Rois, ascension avortée un an plus tôt. Une nouvelle randonnée très éprouvante de deux jours.
Je passe trois jours sans courir. Je profite des courbatures pour faire le point. Alors que je viens tout juste de rentrer des Pyrénées, je n’ai qu’une envie : repartir. Je pèse le pour, je pèse le contre, qui l’emporte largement. Pour passer sous les 3 h 30 lors du marathon des Deux Rives, j’avais profité de la grosse prépa du Bazas-Langon qui m’avait été plus que bénéfique. Aujourd’hui, je voudrais passer le cap des 3 h 25. Un petit grignotage de cinq minutes à peine, qui semble déjà compromis par mon manque de volonté. Et en même temps, quel intérêt de viser un chrono de 3 h 25 ? 3 h 15 aurait été un vrai objectif. Je n’ai de cesse de répéter qu’après La Rochelle, ce sera terminé. Fini les marathons, ou plutôt, fini de courir après les chronos.
Enfin, sur ce point, j’ai déjà changé d’avis et programmé ma première tentative de passer sous les 3 h 15.
Le 29 septembre, alors que je suis en pleine période de séduction, j’attaque les sorties longues avec pas loin de 18 km de côtes. Mes sorties sont irrégulières. J’ai décidé de ne pas faire de planning, de ne pas me réveiller chaque matin avec la contrainte d’aller courir tant de temps à telle allure. Je sais aujourd’hui que c’était une erreur. Je peux aisément enchaîner trois jours sans enfiler mes chaussures de running.
Je reçois régulièrement les prouesses de ma sœur, qui progresse à une vitesse folle.
Le 13 octobre, je prends la décision de sortir le planning que j’avais fait pour le marathon des Deux Rives. Pour les sorties longues, je dois m’aligner. Je fais une sortie de deux heures pour atteindre la distance de 23 km. Plutôt aisément, je dois dire. Malgré un sommeil lamentable qui m’oblige, une à deux fois par semaine, à prendre des anxiolytiques afin d’assurer des nuits correctes.
Là où je peine, c’est sur les fractionnés du mercredi avec les Rapetou. Je n’ai pas la force. Jérémie ou Christophe me laissent sur le carreau à de nombreuses reprises. Je n’ai pas la force non plus d’ajouter une séance de fractionnés supplémentaire, séance qui devrait être adaptée à la préparation de mon marathon. Je préfère rester avec les membres de mon club quand j’en ai la possibilité. Autrement dit, je ne suis pas du tout en train de préparer ce marathon comme je le devrais. Et j’en ai pleinement conscience.
Le 17 octobre, alors que je traverse une première désillusion sentimentale, je retrouve Fred et Thibaut à Saint-Martin-de-Sescas pour une sortie trail nocturne. Pas encore remis de mes émotions, je m’inscris au dernier moment aux 18 km de la Thomas Boudat aux côtés d’Élodie et Juliane. Je ne sais pas encore ce qu’est la Thomas Boudat. Je ne sais pas que je vais m’enquiller 459 mètres de dénivelé positif deux jours après les 354 mètres de Saint-Martin. Je finis la Thomas Boudat à bout de forces, épuisé. Je n’imagine pas à quel point la récupération va être compliquée pour moi.


Je me rends aux fractionnés le 22 octobre. Je suis éteint. C’est trop pour moi. J’ai besoin d’une pause au pire moment, à un mois de La Rochelle. Je passe la semaine suivante avec Aubin, sans courir. Je relativise. J’ai eu mes 3 h 30, je n’y aurais jamais cru quatre ans plus tôt. Et puis 3 h 25, quel intérêt ? 3 h 20 à la limite. Mais non. Je vais partir faire un des plus grands marathons de France. Pourquoi ne pas seulement en profiter ? Oui, mais en même temps, quel intérêt d’aller faire un marathon sans objectif de temps ? Pfff, je suis en train de chier dans la colle.
Je décide de maintenir mon objectif et de ne pas me flageller si je devais boucler La Rochelle en quatre heures. Le samedi 1er novembre, je gare ma voiture à Langon et décide de prendre la piste cyclable pour ma première sortie trèèès longue. Je fixe 2 h 45 au lieu des 2 h 30 habituelles. Mais j’explose après 17 km. Je marche. Je récupère, je repars. J’explose à nouveau. Je suis loin de ma voiture, j’ai froid, j’ai envie d’arrêter, je repars, j’explose, je repars, j’explose. On est à 29 jours du départ. « Ça pue du cul », je me dis.
Fractionnés le lundi, fractionnés le mercredi, endurance fondamentale le vendredi, nous y sommes. À deux jours du semi-marathon de Bordeaux. J’appréhende. Quelques jours plus tôt, j’ai été incapable de tenir ma séance de 2 h 45 sans faire une grosse quantité d’arrêts. J’ai peur de ne pas tenir les 10 kilomètres qui suivront le semi. Après avoir conduit Aubin à l’école le vendredi 7, je me rends à Bordeaux pour récupérer les dossards. J’échange quelques messages avec ma sœur. On ne sait pas bien comment s’organiser. Arrêt des trams à 7 h 30, fermeture des routes à la même heure, ce sont pas moins de 24 000 coureurs qui sont attendus sur les différents parcours. Ça va être un bordel phénoménal. De longues files d’attente pour la récupération des dossards et des goodies. Histoire de marquer le coup, je nous achète des sweats floqués pour l’occasion avant de rentrer. Il est 13 h.
Dans l’après-midi, je me rends à Sauternes pour récupérer le tout premier dossard d’Aubin : celui de la Raisinette, la course enfant de la Raisin d’Or que je n’ai encore jamais courue. Nous nous rendons donc le samedi sur le parcours de la première course d’Aubin, où nous retrouvons Élodie, venue pour l’encourager. L’occasion de faire le point. Élodie nous accompagnera tout au long de la journée de demain pour encourager les différents Rapetou sur le parcours. Il va falloir démarrer très tôt. Il est 14 h 40 quand la pluie commence à s’abattre sur Sauternes. Dix minutes avant le départ de la course d’Aubin. Corinne et Fred, ses grands-parents, nous font la surprise de leur présence. Mais je n’ai jamais vu Aubin dans cet état. Le stress le ronge. Il fait les échauffements avec son club du Stade langonnais. Mon club lorsque j’avais son âge.
Les enfants sont emmenés plus loin pour le départ de la course. Nous, adultes, n’en verrons que l’arrivée. La petite foule d’une centaine de gamins nous passe sous le nez à l’arrivée de ces 400 mètres de course. Aubin y est, il s’accroche, prêt à enfiler sa médaille autour du cou. La relève est assurée…

Dimanche 9 novembre
Réveil à 5 h 15, je carbure au Red Bull, histoire de ne pas piquer du nez sur la route. Il est 6 h quand nous sommes rejoints par Élodie. Départ immédiat. Nous nous rendons chez ma mère au Bouscat, où nous échangeons Aubin contre ma sœur. Il est 7 h 01 quand nous montons dans le tram avec Laure et Élodie. Il reste deux heures avant le départ. Ça pourrait être long. De la place Ravezies, nous mettons une dizaine de minutes pour arriver au Jardin public de Bordeaux. Le départ se fera ici. Nous voyons les bénévoles qui s’affairent à boucler les derniers balisages des SAS de départ. Nous décidons de déambuler dans les rues et croisons un peu partout les premiers coureurs de la journée, qui sont en train de se déployer massivement. Aucun bistrot n’est ouvert. Élodie a besoin d’un café, j’ai besoin de grignoter. Je n’ai plus rien bu depuis mon dernier passage aux toilettes. Je ne pourrai pas pisser de la matinée.
Alors que les coureurs sont de plus en plus nombreux, nous trouvons enfin un bar ouvert. L’occasion pour nous de nous mettre au chaud et de commander un café pour Élodie et des tartines de confiture pour moi. Laure est en forme. Elle n’affiche pas d’appréhension à l’idée de l’épreuve qui l’attend. Le bar est vite envahi par les sportifs en quête de chaleur et de chiottes, surtout. La file d’attente est interminable à l’entrée des toilettes.
Il n’est pas loin de 8 h 30 quand nous décidons de sortir pour nous rapprocher de la ligne de départ, en face du Jardin public. À une demi-heure du départ, le cours de Verdun est noir de monde. Les coureurs et les spectateurs se mélangent, et les premiers sportifs font leur entrée dans les différents SAS. Nous retrouvons le club des Rapetou, qui s’agrandit au fil des minutes, le temps de faire la photo de groupe. Élodie retrouve Éric, venu encourager Corinne et l’ensemble du club.



Laure et moi entrons dans notre SAS, le 1 h 51 – 2 h 00. Elle est convaincue qu’elle ne serait pas capable de faire cette course sous la barre symbolique des deux heures. Son seul objectif aujourd’hui est de franchir la ligne d’arrivée. Nous sommes agglutinés. Plus de 13 000 coureurs entassés entre les barrières des différents SAS. Un dernier regard en direction d’Élodie et Éric avant le coup d’envoi. Il fait froid. L’embouteillage se dégage progressivement et nous franchissons l’arche de départ après quelques minutes. Ça y est, nous voilà enfin en train de courir.
La dernière fois que j’avais vu autant de monde au départ d’une course, c’était justement à Bordeaux en 2019. À l’occasion de mon premier marathon, nous étions plus de 15 000 coureurs au départ place de la Bourse. De mémoire, 13 000 pour le semi et 2 000 seulement pour le marathon. Je ressentais un énorme stress et une monumentale envie de pisser. Aujourd’hui, je n’ai ni l’un ni l’autre. Je suis juste heureux de courir à côté de ma sœur, que je vois afficher un grand sourire. Je me dis que ça va certainement changer au fil de la course. Dans les messages que j’ai reçus ces derniers jours, elle disait qu’elle allait certainement me détester à cinq kilomètres de l’arrivée. J’attends de voir.
Pour moi, effectivement, notre allure est idéale. Nous courons entre 5’50 et 6’10 au kilomètre. Ça devrait me permettre de ne pas trop me fatiguer pour le 10 que je prévois de faire en 4’47, qui est l’allure que je vise pour La Rochelle. Mais je n’oublie pas les difficultés et les douleurs rencontrées la semaine dernière au cours de mes 31 kilomètres abominables.
Ce qui m’étonne, c’est qu’aujourd’hui, quand je parle à Laure, elle me répond. Alors que nous allons plus vite que lors de notre footing à Sanguinet, elle ne semble pas essoufflée et maintient son sourire kilomètre après kilomètre. Normalement, elle ne serait pas censée pouvoir parler. D’ailleurs, nous n’entendons que les bruits des pieds qui cognent le bitume et les encouragements des spectateurs. À ce sujet, je reçois un message d’Élodie : « On est au 4. Sur les quais. » Je lis le message sur ma montre et décide d’attraper mon téléphone pour lui répondre et faire quelques photos. Je n’ai jamais pris la moindre photo au beau milieu d’une course. « On arrive », je réponds.
J’ai du mal à bien cadrer mes photos qui, avec le mouvement, sont floues pour la plupart.



Peu de temps après, un nouveau message d’Élodie m’indique qu’ils nous attendent au kilomètre 9. Pas le moindre signe de faiblesse sur le visage de Laure. Elle continue de répondre dès que je lui parle. Je n’ose plus trop lui parler du coup. Je sais pourtant qu’elle ne se sent pas obligée de parler. Je commence à me dire qu’elle pourrait aller plus vite. Je le lui suggère. Elle a peur de se mettre dans le rouge et préfère rester à cette allure-là. Pas de problème, c’est mon allure d’entraînement pour mon travail sur l’endurance fondamentale (que je ne comprendrai jamais).
Alors que nous approchons du kilomètre 9, j’en profite pour passer un coup de fil à ma mère. Elle, mon beau-frère Jerem, mes nièces et Aubin doivent se rendre sur le parcours, aux alentours du 15ᵉ kilomètre, pour nous encourager. Elle me dit qu’ils viennent d’arriver au rond-point d’une rue dont j’ai oublié le nom, à proximité des Bassins à Flot. Je lui donne une estimation de notre heure d’arrivée : d’ici une demi-heure. Je raccroche et fais un nouveau cliché d’Élodie et Éric. Nous ne sommes pas loin de la moitié du parcours, je demande à Laure comment elle se sent. Elle n’a pas vraiment l’impression de courir. Que voulez-vous que j’ajoute à ça ? Parce que la vérité, c’est que moi, je souffre. Les derniers entraînements ont été intensifs et j’ai de plus en plus de douleurs et de fatigue aux jambes à cause du manque de sommeil. Là, alors que je fais une photo de Sandrine qui vient de nous doubler, j’ai mal. Les premiers doutes s’éveillent quant à ma capacité à faire 10 kilomètres après ce semi.



Nouveau message d’Élodie qui se dirige vers le 13ᵉ kilomètre. J’informe ma sœur, qui se met à parler d’elle-même. Elle me dit qu’elle a hâte de voir les enfants. Nous y sommes presque. Aucun saucisson au ravito, je ne cache pas ma déception. Entre le marathon des Deux Rives et la Thomas Boudat, je ne compte plus les tranches de saucisson avalées au cours de mes courses, avec toujours quelques regrets concernant la mastication en plein effort. Mais c’est plus fort que moi.
Nous arrivons au rond-point indiqué par ma mère. Enfin, c’est Laure qui a compris où il se situait. Ça ne tiendrait qu’à moi, je serais encore en train de chercher Aubin à l’heure actuelle. Effectivement, j’aperçois ma mère à la sortie du rond-point. Un peu plus loin, les enfants brandissent leur pancarte : « Allez maman et tonton ». Nous nous arrêtons deux minutes, le temps de faire des bisous et quelques photos avant de repartir.

Je pense que nous sommes les plus heureux. La rencontre avec nos enfants respectifs nous donne l’énergie nécessaire pour reprendre notre course. Alors que Laure arrache un gobelet au ravito, je m’arrête, avale un Tuc, bois de l’eau et rattrape ma sœur. Vous trouvez des Tuc sur quasi tous les ravitos de course, pour le sel certainement. Moi qui ne mange pas trop de fruits, je prends systématiquement un Tuc. C’est insupportable. T’es là, t’as la bouche pâteuse et tu viens y ajouter cette horreur, probablement constituée de miettes recomposées. Tu mastiques suffisamment pour transformer ta bouchée en une pâte infecte, après quoi tu pries pour que les miettes restantes ne viennent pas se loger dans ta gorge. Et puis après, t’oublies. Tu passes au ravito et tu te dis : « Tiens, un Tuc ! Quelle bonne idée ». C’est un cercle vicieux, le Tuc. Aujourd’hui, je l’écris noir sur blanc : plus jamais les Tuc.
Alors que nous avons été doublés par Magali cette fois, je constate que Laure ne souffre toujours pas. Nous sommes presque à l’arrivée de la course et toujours pas le moindre signe de douleur, de souffrance ou d’ennui. Il faut dire que ça change la donne de faire la course à deux. Moi-même, je n’ai pas l’habitude. Élodie et Éric vont faire l’arrivée qui se rapproche de nous à chaque foulée. Alors que nous arrivons à la Cité du Vin, je me réjouis des encouragements de Virginie et son compagnon, que je prends en photo sans même le vouloir.
Les quais. Nous y sommes, dernière ligne droite. Trois kilomètres à tenir. Laure me parle encore. Je suggère une nouvelle fois que nous accélérions. Non, on maintient l’allure. Laure me glisse que ce n’était pas compliqué, qu’elle n’a pas l’impression d’avoir couru 19 kilomètres. À vrai dire, moi non plus. J’ai toujours mal aux jambes, mais j’ai plutôt l’impression d’avoir passé un moment super sympa avec ma sœur.
Devant les Hangars, nous nous apprêtons à doubler Daniel, ancien Rapetou qui fait la course avec son frère. Son beau-frère ? Bref. Nous discutons un moment, sur plusieurs centaines de mètres. Lorsque je lève la tête, je vois ma sœur qui a pris le large. Elle a attendu que je sois en pleine conversation pour mettre une accélération. « À plus, Daniel ! » Je la rattrape avant de voir l’une des arches d’arrivée. Côte à côte, nous terminons en 2 h 09 ce semi-marathon de Bordeaux.
Médailles au cou et goodies en mains, nous échangeons quelques mots. « C’était pas compliqué, j’aurais pu courir plus. » Je comprends alors que, loin d’être dégoûtée de cette première expérience, Laure pourrait à nouveau tenter l’aventure. Et pourquoi pas celle du marathon ?
Nous retrouvons Élodie, Sandrine et Magali et faisons quelques photos avant de nous éloigner de la foule. Il me reste une heure avant le départ.

Entre fatigue et conversations, nous ne réalisons pas que nous ne marchons pas du tout en direction du Jardin public. Je profite d’une ruelle déserte pour lâcher deux ou trois caisses. Place de la Comédie, Élodie prend à nouveau un café. Elle a tenu mon sac toute la durée du semi. J’ai faim ? Je mange une madeleine, un gâteau, je bois le Powerade bleu qui m’a été remis à l’arrivée. J’ai très envie de pisser. Je n’essaie même pas. Je me dis que ça me fera arriver plus vite. Nous quittons Laure en face du Jardin public.
Bin, du coup, si tu tombes là-dessus un jour, bravo à toi hein ! J’ai hâte pour le semi en moins de deux heures… Bazas-Langon par exemple ? Et hâte aussi pour le marathon…
Les coureurs du 10 km sont en train de rentrer dans leurs SAS respectifs. Je partage mes craintes avec Élodie. Je commence à avoir des courbatures et je ne pense pas être en mesure de faire cette course en dessous des 50 minutes. Elle me dit que ce n’est pas grave. Elle a raison. À mon tour de faire mon entrée dans mon SAS. Entouré de gens qui vont tenter de passer sous la barre des 50 minutes, je subodore que cette course pourrait démarrer sur les chapeaux de roues pour mes jambes douloureuses. Cette fois, oui, la pression monte d’un cran. Je fais une dernière photo avec Élodie avant de prendre le départ.

C’est parti ! L’embouteillage de départ freine mes accélérations. Nous sommes plusieurs milliers et je sais déjà que je vais aller plus vite que les gens autour de moi. Il faudra tenir. Avec un premier kilomètre à 4’59, je pars sur la base d’un 10 km en 50 minutes. J’aimerais essayer de faire mieux, de prendre de l’avance. 4’41 au deuxième kilomètre. C’est mieux. Mais je comprends qu’il va falloir zigzaguer pour m’extraire de la foule. 3ᵉ kilomètre : 4’39, mes jambes commencent déjà à peser lourdement et je sens la douleur dans mes cuisses à chaque fois que mes pieds cognent le bitume. 4’34 au 4ᵉ kilomètre. C’est le souffle aussi qu’il va falloir gérer. La difficulté de la course me pousse à boire plus, mais je perds du souffle à chaque fois que je prends une gorgée. 4’31 au 5ᵉ kilomètre. Je suis à mi-course. En revanche, je vais devoir lever le pied si je ne veux pas craquer en plein effort.
6ᵉ kilomètre : 4’38. C’est plus rapide que l’allure marathon pour La Rochelle. J’espère ne pas le payer après. 4’35 au 7ᵉ kilomètre, je maintiens cette allure. La course commence à devenir pénible. Les jambes, le souffle… Je profite d’une ligne droite pour me positionner derrière un coureur plus lent et récupérer un peu avant les derniers kilomètres. Kilomètre 8 : 4’37. Il me reste 2 kilomètres. Je ne peux plus craquer maintenant. Je dois aller à bout coûte que coûte. Kilomètre 9 : 4’35. Ça y est, je vois déjà l’arche au loin. La douleur aux jambes est tenace, mais je les sens plus fortes, prêtes pour une accélération finale et pour un dernier kilomètre en 4’24. Je termine cette course en 46 minutes et 39 secondes, avec une allure de 4’37. Je suis lessivé, à bout de force.
La journée est terminée. Je retrouve Élodie à la remise de médaille. On va enfin pouvoir aller bouffer.
Alors pareil, si tu lis ces mots, merci. Merci d’avoir été là, merci d’être là, merci pour les encouragements, le soutien quotidien… Même chose pour toi, Ju ! Si tu pouvais rester un peu plus, ça ferait du bien à tout le monde…

Je ne sais évidemment pas ce qu’il ressortira de La Rochelle, mais on ne va pas se mentir, ça pue un peu du cul. Quoi qu’il en soit, j’avais décidé de me calmer dans la foulée, mais ça, c’était avant d’apprendre que le marathon de Bordeaux fera son grand retour le 8 novembre 2026. Et pour l’occasion, je suis décidé. Décidé à aller chercher l’infranchissable 3 h 15… Mais on a tout le temps d’en parler…
