
4 avril 2026
2026… Cette année maudite que je voulais esquiver par tous les moyens ! Année de mes quarante ans, année de la bascule, année d’angoisse, putain d’année de merde !
Mon Dieu, finalement… Si on m’avait dit… Trois mois que cette putain d’année a commencé et, pour rien au monde, je ne changerais quoi que ce soit ! Je revivrais chaque jour de la même façon, avec la même intensité, sans modifier la moindre séquence, le moindre geste… Si on m’avait dit qu’à une poignée de semaines de mes quarante ans, je n’en aurais plus rien à foutre d’avoir quarante ans ! Et pourtant…
Le jour de mes 27 ans, je m’étais endormi comme une merde après avoir pris une cuite solo en rentrant du taf. Le jour de mes 30 ans, je m’étais pris une cuite après avoir réalisé qu’il ne me restait qu’une dizaine d’années avant le cap fatidique, inéluctable. Et le jour de mes 38 ans, j’avais réalisé avec stupeur que j’avais atteint l’âge de la mère de Stifler. La mère de Stifler, c’est l’actrice Jennifer Coolidge qui a mis en érection des générations entières de puceaux et qui a réveillé, chez pas mal d’entre nous, des envies qu’on n’avait clairement pas prévues au programme.… Le jour de mes 39 ans, le ventre noué, j’ai commencé à entendre le « tic-tac » de la pendule. Dans 183 « tics » et 182 « tacs », mon sort sera scellé et j’entrerai définitivement dans une nouvelle décennie d’angoisse.
Enfin, tout ça, c’était le scénario que j’avais imaginé. Sauf que, depuis le début de cette année 2026, les événements se sont enchaînés de telle sorte que j’ai réussi, non seulement à reculer dans le temps, mais aussi à me sentir enfin jeune… Entre autres, il a été décidé, d’un commun accord avec Étienne, qu’on allait replonger dans l’effervescence bordelaise des bars, comme au temps de la fac… Pour le reste, je me condamne au mutisme.
Et puis, au fond, pourquoi cette angoisse ridicule à l’idée d’avoir l’âge de la mère de Stifler ? Alors qu’objectivement… elle était quand même sacrément bandante. Et finalement, elle n’est clairement pas la seule à cet âge-là à me retourner le cerveau… et le reste.

20 ans après mes 20 ans, il est enfin temps d’avoir à nouveau 20 ans. Avec une différence de taille : entre-temps, je me suis mis à la course à pied. Et si vous avez bonne mémoire, vous savez l’importance que j’accorde au semi-marathon Bazas-Langon, que je m’apprête à courir pour la cinquième fois. Et à ce jour, année après année, je n’ai fait qu’améliorer mon chrono.
2020 : 1h42min28
2022 : 1h39min26
2023 : 1h35min30
2025 : 1h32min14
Alors évidemment, vous me voyez venir… Je l’avais annoncé l’année dernière : mon objectif cette année, c’est de passer sous la barre des 1h30.
Mais ça, objectivement, c’était avant de me prendre deux tempêtes, une inondation et deux mois de pluie en pleine gueule.
Je décide, le 4 janvier, de me lancer enfin dans la prépa du Bazas-Langon. Ça fait un mois que je suis rentré de La Rochelle. Un mois que cette immonde médaille en forme de coquille d’huître me fout la gerbe. Mais j’ai relativisé depuis… C’était débile de vouloir aller chercher plus loin que la barre des 3h30. C’était ça, mon Graal : faire un marathon en moins de 3h30. C’est fait. Je parlais d’aller chercher 3h15 à Bordeaux… On va se calmer ! Quand j’aurai fait le Bazas-Langon sous les 1h30, peut-être que je pourrai enfin trouver une forme de paix intérieure… et commencer à courir pour le plaisir. L’idée de faire ça l’année de mes 40 piges me réjouit d’avance. Cette idée de courir plus vite à mesure que je vieillis…
Comme l’année dernière, je me gave de côtes et je retrouve les Rapetou pour les fractionnés du mercredi. J’enchaîne les séances entre Langon, Cadillac, Bordeaux et même La Rochelle, où je tente une réconciliation ratée. J’affronte la pluie, le froid, le vent… Rien ne m’empêchera de passer sous la barre des 1h30, le 1er mars. J’en chie ma race, mais je progresse vite dans les côtes. En revanche, sur les séances de fractionné, je me retrouve seul à mon allure. Jérémie accompagnera Pauline, qui veut tenter la barre des 1h50. Aurélien et Damien sont trop rapides… et moi, je me retrouve en sandwich, à courir tout seul.

Le 9 février, en raison des intempéries et de la tempête annoncée, les organisateurs du trail des Valentin décident d’annuler les courses prévues le dimanche 15. Je me faisais une joie de courir le 17 km pour lancer l’année, comme l’an dernier, avec une course qui me tient à cœur.
Le 12 février, la tempête Nils fait des ravages et, après plus d’un mois de pluie ininterrompue, la Garonne déborde. Le dimanche 15 février, l’eau commence à monter dans ma rue. Je demande à la mère d’Aubin de venir le chercher le plus vite possible. Je prépare ses affaires et mes valises. On évacue Aubin en début d’après-midi. On traverse le pont de l’Œuille en bottes. Il est fermé à la circulation depuis à peine une heure. Je retourne chez moi récupérer mes valises. La télé est allumée. C’est le biathlon. Je m’assois cinq minutes. Bon, allez… je peux bien prendre le temps de regarder la compétition. Je redescends dans ma rue avec mes valises. L’eau est encore montée. Je remonte chez moi. Flemme de partir. Et puis c’est l’heure du ski de fond. Je redescends, sans mes valises. L’eau monte encore. Mais franchement, si ça ne monte pas plus vite, je ne vois aucune raison de m’affoler. Je croise le maire, qui discute avec les habitants. Je tends l’oreille. De ce que je comprends, ça n’arrivera pas jusqu’à ma porte. Bon… Et puis ce soir, il y a le patinage artistique… Je reste. C’est acté.

Seulement voilà, l’eau met beaucoup plus de temps que prévu à redescendre. Plusieurs jours. Je suis à Cadillac, mais c’est la même merde à La Réole et à Langon. Une dizaine de jours sans courir, à regarder se volatiliser tous mes espoirs de chrono pour le Bazas-Langon.
Le 20 février, le Stade langonnais annonce le report de la course au 5 avril. Soulagement. Ça va laisser un mois et une semaine supplémentaires pour finir cette prépa de la meilleure des façons. Sauf que le 5 avril coïncide avec le trail des Salamandres de Léogeats et le semi de Marmande. Pire choix de date. Moi qui tenais à faire le trail de Léogeats, je ne peux pas me résoudre à lâcher le Bazas-Langon, qui s’est imposé comme une institution dans mon planning annuel. Ce que je ne soupçonne pas un instant, c’est qu’on vient de reculer de cinq semaines dans le planning de la prépa. Coach Fabrice nous envoie la mise à jour et je découvre avec horreur qu’on va devoir à nouveau se taper ces affreuses séances de fractionné qui alternent les 1000, 1500 et 2000 mètres. On est de moins en moins nombreux les mercredis, et la motivation s’est fait la malle… De mon côté, je ne parviens pas à maintenir la cadence de mes entraînements. Et si les beaux jours semblent enfin pointer à l’horizon, impossible de retrouver l’engouement d’avant la tempête.
Oui. Cette fois, ça pue du cul.
11 avril 2026
Vous remarquerez que je ne me suis pas trop bougé le cul pour pondre ce putain d’article. Six jours après la course, je me décide enfin à le continuer. Croyez-moi, si j’avais fait moins d’1h30, je n’aurais pas attendu une semaine pour vous faire le compte rendu avec fierté. D’ailleurs, de compte rendu, il n’y en aura pas. Voilà !
J’étais mal luné dès le début de mon week-end, avec une motivation que je cherche encore une semaine après. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Ben j’en sais foutre rien. Je suis arrivé à Bazas en forme, de bonne humeur. On a beaucoup ri avec les collègues Rapetou, on a fait des photos ensemble. Je ne vous cache pas que j’étais un peu stressé. Disons que j’avais un peu la boule au ventre. À cause de la course… d’autres choses aussi, mais franchement, sans importance. Je veux dire : c’est les mêmes sensations que j’ai avant chaque course. Je ne soupçonne pas un instant que je peux me vautrer comme une sombre merde.

On s’échauffe avant d’arriver sur la ligne de départ. Je retrouve Aurélien et Damien. On ne veut pas être trop loin de la ligne pour éviter l’embouteillage du départ. On a le même objectif tous les trois. Je me retourne pour repérer d’autres Rapetou dans la foule. On est une trentaine aujourd’hui. Les autres sont dispatchés entre les Salamandres et des courses plus lointaines.
Le coup d’envoi est donné. Je pars normalement. J’essaie de ne pas lâcher Damien, mais après 200 mètres, je comprends. Ça ne va pas le faire. Mais alors pas du tout. J’ai les jambes engourdies, un peu courbaturées. Les bras mous, qui flottent… Fatigue ? C’est vrai que je ne dors pas comme un roi depuis quelques jours. Mais tenir une allure à 4’16 au kilomètre… Ben clairement, ça ne sera pas aujourd’hui.
De ma vie, je n’ai jamais autant subi une course qui n’est pas un marathon. Impossible d’accélérer dans les descentes. Impossible de rester stable dans les côtes. Impossible de ne pas m’arrêter aux ravitos. J’ai chaud. Le soleil cogne. Je me verse des gobelets sur la gueule pour me rafraîchir, pour me réveiller… Rien n’y fait. Et pourtant, je suis encouragé. Ça gueule mon nom tout au long du parcours. Camille et Loulou à Cazats. Ma sœur Laure, avec mon père et Véro, qui m’attendent aussi à Cazats avec des pancartes, puis à Coimères et à quelques pas de la ligne d’arrivée. Aubin et sa mère sont là aussi. Aubin a fait le kilomètre des Vergers pendant que j’étais sur le parcours.
Je me fais doubler dans tous les sens par tout le monde. Je n’arrive même pas à lâcher une petite accélération sur la fin. Métaphoriquement, aujourd’hui, je suis l’huître qui a servi de moule à la fabrication de la médaille du marathon de La Rochelle. Je finis cette course horrible en larmes. Je ne comprends pas ce qu’il vient de se passer. Je fonce à travers la foule pour aller me cacher derrière les consignes. J’ai l’impression d’avoir pris dix ans en pleine gueule !


Je reprends mes esprits. J’embrasse Aubin et le félicite. Je discute avec ma famille… Je lâche quelques rires en découvrant les pancartes que ma sœur a concoctées. Ça fait du bien. Mais c’est l’heure pour moi de me retirer, d’aller boire une bière et de rentrer m’enfermer chez moi. Je retrouve Thomas et Samuel, qui n’est pas content de son résultat non plus. Damien, lui, est en 1h31. Aurélien a fini en 1h25. Et moi ? Ben moi, je boucle la course en 1h42min45s. Soit mon pire temps sur un Bazas-Langon. Rien que ça. Remarquez, d’une certaine façon, on peut appeler ça un record.

Bon… je prends une deuxième bière. Jérémie vient de me dire que Christelle va monter sur le podium. Je partirai après. D’ailleurs, avec Pauline, ils ont bouclé la course en 1h57, loin de l’objectif de 1h50. Je ne suis pas le seul Rapetou à passer une sale journée. Mais l’avantage avec les Rapetou, c’est qu’on a une vraie cohésion de groupe. En plus, on est solides dur l’apéro. Et justement, on est maintenant un petit paquet à ne plus vouloir en finir avec les pichets de bières qui s’enchaînent. On fête le podium de Christelle, l’arrivée de notre papi Jean-Marie… Et évidemment, maintenant que Lori nous a rejoints, il n’est plus question de lâcher la table.
Il est possible que, cet après-midi-là, j’aie complètement oublié que je venais de me vautrer sur la course qui me tenait le plus à cœur. Mais si j’ai l’impression d’avoir pris dix ans dans la gueule, je n’oublie pas qu’il y a quelques jours, j’avais seulement 20 ans. Et si maintenant j’en ai 30… Alors peut-être, je dis bien peut-être, que ce n’est pas totalement cuit pour boucler ce semi en moins d’1h30…


Je relis mes articles à voix haute avant publication. Alors qu’Aubin écoute, je remplace certains mots par d’autres. « Cul » devient « fesse », « gueule » devient « idiot », etc. Aubin me demande alors de faire son propre compte rendu de sa course des Vergers, le matin du Bazas-Langon. Il me dicte…
BAZAS-LANGON 2026 : Course des Vergers
Pendant l’inondation du 15 février, j’ai eu une coupure d’électricité chez maman, et aussi il y avait un poteau penché et maman avait peur de passer dessous. Mais moi j’avais pas peur.
Pour que j’arrive à courir assez longtemps, j’ai réussi à rattraper mon club pour m’entraîner. J’ai vu quelqu’un de ma classe au parc des Vergers. Ca fait un kilomètre sur un tour des Vergers. Après, j’ai fini ma course, je sais pas en combien mais j’ai réussi à gagner des places. J’ai pas été inscrit sur le podium, et je suis arrivé un des premiers. Sur la course, j’ai souffert. Pendant la course j’ai réussi à doubler plein de personnes. La personne de ma classe, elle est en CE1 et moi je suis en CP.
Depuis, j’ai vu un autre copain qui était inscrit sur la course mais qui n’est pas venu et il est aussi en CP. On court à la même vitesse.



